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NAAM

Naam (2009)




Voici ce que j’ai pensé: tous et tout blasé que vous êtes, je doute fort que vous ne prissiez mon conseil comme foncier. Mais, supputation alambiquée, imaginons qu’une poignée d’irréductibles, de plus en plus réductible il est vrai, décide de suivre mon conseil en se penchant sur l‘entité Naam. Après tout, peut-être que Mère Curiosité n’a pas franchi la frontière… peut-être qu’agonisante, elle vous conduira tout de même jusqu’au divine enfant hindou… comme elle l’a divinement fait pour moi. Un cadeau tombé de la Toile aux milles interactions, une inespérée connexion entre trois dudes de Brooklyn (Ryan Lugar, John Bundy et Eli Pizzuto) et une âme errante dans le massif alpin… séparés d’une poignée de milliers de kilomètres, à peine. Inespérée mais néanmoins plein d’espérance pour ce jeune groupe qui, avec cet éponyme, entre dans le sanctuaire des Dieux du Hard au psyché inaltéré, sans même prendre le temps de frapper à la porte ni même d‘essuyer ses pieds dans le hall d‘entrée… jeunesse fougueuse, décidément. Leur EP, Kingdom, sorti quelques mois auparavant aura été le bulletin météo précédent la tempête: annonçant, impassiblement mais sereinement, la tempête qui n’allait plus tarder à se produire, les quelques initiés qui avaient découvert le groupe dès lors tenaient là une longueur d’avance. Pour tout ceux qui rencontreront le divine enfant hindou pour la première fois avec cet éponyme, je ne peux qu’agiter le mouchoir blanc en guise de soutien: le voyage risque d’être long et tortueux. Le vent impétueux se chargera d’appliquer la fatidique loi du darwinisme musical afin d’élaguer, in fine, les derniers « non-désirables ».
Une tempête dans un verre d’eau: voici exactement l’erreur à ne pas commettre… les proportions sont bien plus grandes ici. La première écoute vous laissera, certes, un goût agréable mais… les initiés agiteront de manière véhémente leurs réminiscences, comme si fièrement ils annonçaient ne pouvoir plus être déstabilisé. Oui, il est vrai: l’abbé Al Cisneros aurait pu être invité en tant que guest sur l‘homérique « Kingdom », le tribalisme post-moderne d’un Minsk pourrait être à l’origine d’une interlude comme « Stone Ton », la dynamique d’un White Hills sous acide pourrait être perceptible sur un « Skyling Slip », le dynamisme d’un Farflung sous LSD pourrait être mentionné sur un « Icy Row », la folie d’un The Heads sur speed sur la fin endiablée black-metalisante de « Black Ice » pourrait être asserté, l’ombre orientaliste d’un Grails pourrait s’étendre sur la totalité de cet éponyme. Oui, il est vrai… mais nous n’avons là que du conditionnel car, une fois franchi l‘étape du déballage de noms digne de ces parties endiablées de Trivial Pursuite, Naam se révélera être une entité à part, le lieu et le temps où toutes les énergies du psychédélisme se réunissent afin de former une inaltérée synergie. Là est la plus grande force du groupe: concilier les différentes approches pour construire une seule et même entité. Malgré la quantité incroyable de sonorités différentes (le jouissif synthé 70’s flambant neuf d’un « Fever If Fire », la galaxie multicolore de flûtes, la mandoline ou encore l‘orgastique sitar), malgré la grande hétérogénéité entre les différents morceaux, le tout forme une entité homogène… où la fin justifie, et peu importe, les moyens. La plupart des lignes de chant, menées de voix de maître par Ryan et John, sont juste à tomber par terre, au fond du sombre gouffre encore vierge. Ce petit bijou est à découvrir le plus rapidement possible, assurément. Disponible via Tee Pee Records, comme l’EP, soit un des meilleurs labels actuels (Black Math Horseman, Ancestors, Titan, High on Fire, Earthless, etc.), emballé dans un magnifique artwork signé Ryan Hamilton (la seule critique que je serais susceptible de faire à l’EP Kingdom… si on me le demandait), je ne vois vraiment aucune raison de ne pas tenter votre chance… et de suivre mon conseil. Jamais en une heure vous n’aurez survolé autant de paysages.   

.caedes




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Beyond the conceptual language structure created by mankind, the definition of the name lies in internal rhythm, the internal sound that a man experiences. Those who embrace Naam have the key to the door of mysteries and miracles, as Naam exists in the Divine plane and shines through to the Physical plane, bringing healing and self-renewal.

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Disgusted by the lack of heavy, psychedelic rock and roll, We deliver our deafening sermon to bring a new dawn for all civilization. The vast seas cannot drown Us, the darkest caverns cannot conceal Us, We will conquer insurmountable foes. We are war, We are peace, We are time and space, We are infinite, We are Naam.

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KNUT

BIOGRAPHIE (2009)



1994. Alors que des illuminés de L’Ordre du Temple annonçaient, avant de partir en fumée dans un curieux incendie, la venue d’un Messie, une prodigieuse entité, bien réelle cette fois-ci, allait naître, juste sous leurs yeux: Knut. Composé de Didier Séverin (voix), Philippe Hess (guitare), Thierry Van Osselt (basse) et Roderic Mounir (batterie), ils décident d’enregistrer un EP 7" au prestigieux et mythique studio Roderic’s Cellar. Après plus d’une trentaine de concerts (dont un notamment avec les Young Gods) en terre helvète, et un split avec Ishma en 1996, la formation se lance dans l’enregistrement du MCD «Leftovers» qui sortira sur Snuff Records en 1997, label créé par le groupe afin de soutenir la scène extrême genevoise émergente. Le groupe enregistre lui-même tandis que le mix est confié à David Weber du studio des Forces Motrices (Nostromo, Tantrum, Shovel). Le constat est sans appel: que ce soit selon la presse spécialisée ou le public, un monstre est né.



La machine mise en marche, le groupe s’attèle rapidement à la composition de nouveaux morceaux. C’est pendant l’été 1997 que le groupe (re)passe aux Forces Motrices (Kill The Thrill, Treponem Pal, Lofofora) pour enregistrer le monument «Bastardiser». Sorti initialement en version CD sur Snuff Records en avril 1998, «Bastardiser» sortira également en version LP en 1999 via Chrome St Magnus (Burst, Breach, Cave In), sortie qui permettra au groupe se faire connaître à l’échelle européenne. Un nouvel artwork, signé Jacob Bannon (Converge), sera d’ailleurs réalisé pour l‘occasion. Mais 1998 sera également l’occasion pour Knut de partir en tournée avec Tantrum (7 dates en France et en Suisse) et de sortir un split 7" avec ces derniers via Snuff Records/Vicious Circle. C’est à ce moment que Knut connaît son premier changement de line-up avec le départ de Thierry, remplacé par Jeremy Tavernier (Nostromo).

Malgré ce départ, le groupe se lance à nouveau dans la composition de nouveaux morceaux, que l’on retrouvera à la fois sur leur 7" «Ordeal» et sur le CDEP «DIY #1». C’est le début de leur collaboration avec la figure emblématique qu’est Serge Morattel. Le groupe tournera avec Converge, et commencera à tisser des liens étroits avec Hydra Head et Overcome. A la fin de cette même année, le groupe repart à nouveau sur les routes: une première fois en compagnie de Systral et une deuxième avec Ananda et Botch, tournée qui se terminera en Bretagne par une date avec Neurosis et Voivod. Cette date sera d’ailleurs l’occasion de sortir un 3-way split 10" avec Botch et Ananda, composé d’enregistrements live. Limité à 1500 exemplaires, l’objet sortira sur Mosh Bart Industries (qui deviendra Bisect Bleep Industries) en 2000. Hydra Head décide alors de signer Knut, conscient que la formation helvète est/sera une nouvelle locomotive de la scène hardcore.


Le nouveau millénaire sera franchi plus calmement pour Knut. Malgré quelques dates, dont notamment une tournée européenne avec Creation Is Crucifixion et la participation à quelques festivals, les choses sérieuses (re)commencent en 2001. Le groupe composera et enregistrera le successeur de «Bastardiser» avec Serge Morattel. Continuant à la fois sur leur lancée mais tout en évoluant, ils accoucheront d’une nouvelle masterpiece: «Challenger». A peine terminé, ils s’envolent aux Etats-Unis pour une tournée en compagnie d’Isis et de Thrones - projet de Joe Preston, ex-Earth, ex-Melvins, ex-High On Fire, qui a également participé au projet Sunn O))). Hydra Head en profitera pour ressortir, une fois de plus, «Bastardiser» en version CD cette fois-ci, avec le même artwork que la version LP. Un (nouvel) EP verra également le jour sur Hydra Head: composé de quatre anciens morceaux, dont notamment le morceau issu du split avec Tantrum, l’artwork sera cette fois-ci signé par Aaron Turner, qui incorporera le logo réalisé par Jacob Bannon.

Le début de l’année 2002 sera marqué par la sortie de «Challenger» (version CD pour Hydra Head et version LP pour Chrome St Magnus) et une tournée européenne avec les fous furieux de Keelhaul. Quelques dates en fin d’année seront données (et non des moindres puisque les suisses ouvriront pour Motörhead à Genève), avant de repartir en tournée, mais cette fois-ci en Angleterre en compagnie de 5ive’s Continuum Research Project (groupe ayant compté dans ses rangs Jeff Caxide, musicien jouant dans de prestigieuses formations tels que Red Sparowes, Isis ou encore, et plus récemment, Spylacopa). Désireux d’en découdre toujours plus, Knut repart, une fois de plus, sur les routes européennes avec Isis en 2003 et jouera à l’édition du Fury Fest. C’est cette même année que «Leftovers», sold out, sera réédité, non pas par Hydra Head mais par Ronald Reagan Records (géré par Renaud de Kruger).


Les dix bougies étant bientôt à souffler, le groupe souhaite marquer cet événement. L’idée d’un album de remixes germe dès 2003, et c’est à partir de ce moment que Knut commencera à démarcher différents artistes, d’horizons musicaux très variés. La composition d’un nouvel album se met parallèlement en place. En novembre 2004, après avoir donné un seul concert en compagnie de Pelican où de nouveaux morceaux ont été testés, le groupe se rend chez Jérôme Pellegrini (Mumakil/ex-Nostromo) afin d’enregistrer en un week-end une maquette de l’album. Le résultat est sans appel et unanime: les Suisses décident de garder les enregistrements réalisés au Terrier 5, et de ne pas aller finalement chez Serge Morattel pour ce nouvel album: «Terraformer». Le groupe continuera à plancher sur ses deux projets en 2005, avec notamment l’enregistrement des parties de chant de Didier, tout en faisant en sorte que certains musiciens se consacrent à d’autres projets: Roderic Mounir partira en tournée pendant un mois derrière les fûts en compagnie de Jesu (groupe de Justin Broadrick, ex-Godflesh/Techno Animal, Final, J2, Grey Machine, etc) et Jeremy Tavernier montera une nouvelle formation, Mumakil. A la fin 2005, «Terraformer» sortira en version CD sur Hydra Head et en version LP sur Conspiracy Records. Une édition LP collector et numérotée à la main sera également pressée par Hydra Head, avec un artwork légèrement différent. C’est à nouveau Aaron Turner qui s’est occupé de l’artwork pour cet album. Le groupe va néanmoins connaître des nouveaux changements de line-up: Phillipe Hess (guitare) quitte le groupe, et se focalisera par la suite sur Nebra et Intercostal. Jeremy passe alors du poste de bassiste à celui de guitariste (il avait déjà composé et enregistré certaines parties de guitare de «Terraformer») et le groupe recrutera Jérôme Doudet (ex-Buzz, Prejudice, Edison, I Mericani, The Munch, Bionic) à la basse et Tim Robert-Charrue (Commodor, ex-Prejudice) en tant que second guitariste. Après ces remaniements, le groupe partira en tournée une première fois avec impure Wilhelmina en février 2006 puis une seconde fois en avril 2006 avec les Gallois de Taint. Quelques semaines plus tard, la formation helvète se produira à l’édition du Hellfest (aux cotés, notamment, d’Amenra, Cortez, Capricorns, Taint, Celtic Frost), et le morceau «Neon Guide» figurera sur l’édition DVD du festival. Malgré le retard accumulé, l’année 2006 sera également l’occasion de sortir «Alter» en mai, album anniversaire tant attendu où quatorze morceaux ont été remixés par des artistes tels que Mick Harris, Justin Broadrick, Dälek, KK Null, Francisco Lopez, etc. A ce moment, de plus en plus occupé par Mumakil, Jeremy décide de quitter Knut début 2007 pour se focaliser pleinement sur son groupe. Un nouveau changement de line-up donc, avec l’arrivée de Christian Valleise (ex-Prejudice, Seaplane Harbor), musicien qu’on retrouvera également quelques mois plus tard au sein d’impure Wilhelmina, qui met en exergue un avenir incertain pour le groupe.


Dès lors, le groupe sera plus en retrait et discret. Le groupe fera quelques apparitions en 2007, avec notamment un concert au VnV Rock Festival Altitude du Locle, en Suisse (avec Zatokrev, Yog, Sludge, Rorcal) et un à Paris en compagnie de Dirge et de Time to Burn. En 2008, Knut repartira pour quelques dates à la fin du mois d’avril, dont notamment une au SWR Barroselas Metalfest au côté d’Enslaved, Brujeria et Rotten Sound. Un morceau inédit, «Fast Forward Bastard», enregistré à nouveau chez Jérôme Pellegrini, sera également présent sur la compilation «Falling Down», sortie en novembre 2008. Le groupe devait participer aussi, et… évidemment, à un tribute à Tantrum, «We Fucked Up Our Lives», prévu pour 2009, aux côtés de formations tels que Cortez, Every Reason To, Year Of No Light, HKY, Parween, etc. Mais préférant se focaliser sur le successeur de Terraformer, le groupe décidera (outre quelques dates, notamment en ouverture de Napalm Death ou avec leurs amis de Taint et de Keelhaul) de ne s’occuper uniquement de la composition. Le groupe entrera en studio début 2010 pour enregistrer la suite de l’aventure…qui ne semble pas prête de se terminer.

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ROADBURN Day.1

Live Report, Tilburg (2009)




«  Whenever I describe Roadburn to my friends here in Oakland and San Francisco, I say the same thing. Imagine your favorite lineup of heavy rock, doom and stoner bands. Imagine them playing at a venue that has three totally separate « clubs » inside it, all with great sound. One club reminds me of the Great American Music Hall, one reminds me of Slim’s and one reminds me of Annie’s Social Club. Now imagine that there are no beer lines (if you are clever and know all the « secret » bars), no bathroom lines and that everyone is friendly and happy. That is Roadburn » - Drew Webster, petite sœur hippie d’Alex.

« Annual convergence of the caravans upon Tilburg for Iommic studies » - Al Cisneros, directeur général de l’OM.

« Roadburn is a completely different experience than the traditional music festival. It is a small, intimate, extremely well organised festival, put together by people who love the bands, and thrive on creating a unique social vibe where the lines between artist, audience, and staff are often completely blurred.» - Steve Von Till, professeur émérite de SVT.

« A festival made by music lovers for music lovers. It could seem « easy » too, but it’s not. No hype, no bastards that judge you based on what you’re wearing before they talk to you. Only cool people who love music, ready to share a beer and see somme of the best and most exciting heavy and psychedelic bands on earth. I don’t call the Roadburn a festival, I call it home » - Vincent Duke, petit fils de la tante du frère du père de Raoul Duke.     




THURSDAY APRIL 23:

    Remontons au coeur de cette aventure et commençons par le… pré-commencement. Même si nous avons déjà, fièrement!, quelques centaines de kilos de CO² rejetés à notre compteur, même si notre compteur, au sens propre cette fois-ci, peut se targuer d’avoir plusieurs milliers de kilomètres à son actif pour la noble cause qu’est le Hard, se rendre à Tilburg, mine de rien, demande un minimum d’organisation. Arrivés le mercredi soir en Belgique, et après avoir passés une nuit somme toute alcoolisée (putain de Polonais, c’est qu’ils tiennent le coup ces enfoirés!) dans un (très?) modeste hôtel bruxellois, une des principales difficultés de cette expédition allait nous tomber sur le coin de la gueule… incessamment sous peu. Il était temps d’oublier, au moins provisoirement, la bière belge et les cigares polonais pour se focaliser sur un objectif, certes précis mais non sans difficultéS: arriver au complexe 013 avant 16 heures… et entier. Récupérer la FallingDownMobile dans une agence de location est un fait… acquis, relativement aisément, mais conduire dans une ville inconnue comme Bruxelles, qui plus est sans GPS, aurait très bien pu finir comme un fait… divers, dans lequel deux jeunes auraient sombré dans une profonde dépression nerveuse avant de se donner la mort. L’insouciance de la veille a laissé place à la souciance préroadburnienne. Compte à rebours enclenché, la prestation d’UFOmammut était sur la sellette.


« Et l’Heure, qui n’a pas besoin de voiture pour marcher, elle, s’avançait à grands pas. »

    En moins de quelques heures, il fallait quitter cette immense mégalopole, se rendre aux Pays-Bas pour se confronter à une première barrière (frontalière), passer à l’hôtel pour déposer les affaires et en profiter pour se confronter à une seconde barrière (linguistique) et, enfin, trouver le complexe 013 dans Tilburg. Par chance, l’Union Européenne et la fille de l’accueil de l‘hôtel, avec un français certes bancal mais français quand même, nous ont fait gagné un précieux temps. Les indices parsemés tout au long du trajet, comme de nombreux sex-shops, nous ont permis d’écarter le doute… au moins provisoirement. La route était la bonne, et malgré que la route était bonne, et malgré toute la meilleure volonté du monde, l’objectif premier n’a néanmoins pu être respecté… et merde.

    Quelques minutes d’attentes à l’entrée pour récupérer le précieux sésame, à peine le temps de s’acclimater à la culture locale via un curieux tabagisme passif, et les hostilités commencent sans crier gare, le palpitant à peine calmé. On ira se soigner plus tard, la priorité pour le moment est italienne, et se situe sur la Main Stage. UFOmammut est l’une des découvertes les plus intéressantes de ces derniers mois, et même si le set est déjà bien entamé, la sauce prendra immédiatement. Le son est à l’image du monstrueux « Idolum »: massif et volumineux. Aucune alternative possible, on plonge immédiatement dans les sombres fréquences du combo. L’auditeur est asphyxié, pris par la gorge, suffocant. Les rythmes pachydermiques du trio entraînent inexorablement le festivalier dans de sombres dédales. Tout semble parfaitement en place, si ce n’est, peut-être, certaines lignes de chant de Urlo notamment sur Void et son début, osons le dire, relativement… « éthéré ». Par chance, ces ritals ne baragouinent pas un mot de français (on l‘apprendra à nos propres dépends plus tard): ce type de remarque aurait pu me causer quelques bricoles. Quoi qu’il en soit, c’est le seul rayon de soleil du set que j’ai pu entrevoir, le reste des morceaux joués, tirés de « Idolum » et de « Snailking » (qui, malgré une sortie en 2004, revient sur le devant de la scène en 2009 via une réédition sur µµµ µµ µ) ont représenté un ciel sombre, terriblement sombre, lourd et orageux. Un beau moyen en somme pour commencer ce festival, même si trop court pour certains…, et de tester le matos afin de voir si les enceintes pourront tenir 3 jours de crachat de décibels.  À revoir, évidemment et forcément, en Enfer sous la Terrorizer Stage. Pour le reste, que ce soit les galettes ou le collectif Malleus, j’aurais bien l’occasion de vous en reparler.


« En mémoire des faibles qui ont survécu à Darwin. »

    Les lumières se rallument, et il est temps de mesurer l’étendue des futurs dégâts, à venir/avenir. D’un point de vue purement architectural, ce complexe O13 est un véritable, et putain (du moins pendant les premières heures) de labyrinthe. Trois salles au total, de différente taille, des bars et des points de restauration en quantité et tout ça sur plusieurs niveaux, où couloirs et escaliers s’entremêlent complexement: en somme, l’endroit idyllique pour des parties de cache-cache endiablées. D’un point de vue purement… heu, festivalier, le Roadburn rassemble une faune (et, dans une certaine mesure, une flore…) bien particulière. Bien plus âgée en moyenne par rapport aux concerts/festivals que j’ai l’habitude de faire, on retrouve un peu de tout: du jeune mec déjà raide défoncé à je-ne-sais-quelle-substance en passant par le vieux routard proche de la cinquantaine déjà raide défoncé à je-ne-sais-toujours-pas-quelle-substance, le panel est au final extrêmement varié. Mais si la diversité caractérise ce fest‘, notamment aux niveaux des nationalités, un maître mot prime: passion. Pourtant usurpé comme jamais (JC, par exemple, si tu me lis d‘où tu es…), je peux vous garantir que le terme « passion » prend tout son sens au Roadburn. Irréductible, ce festival semble être encore sain et sauf face aux attaques constantes et omniprésentes du « tout accessible ». Au risque de prôner un discours élitiste et de titiller, voir froisser, quelques biens penseurs (le « bien » n’étant en aucun lieu un gage de qualité…), le Roadburn est ce qu’il est aujourd’hui car la démesure, quantitative!!, n’est pas devenue le leitmotiv des organisateurs. Les places sont limitées, la convoitise exacerbée, ce qui entraîne, ipso facto, une sélection au niveau des festivaliers: et rien que pour ça, et rien qu’en me permettant de ne pas côtoyer bons nombres de blaireaux, fréquemment finis à la pisse, habitués/habituels aux rassemblements de ce style, je dis merci, sincèrement, et implore Satan pour que ça dure, car, admettons-le: certains festivaliers/métaleux/spécimens augmentent votre solitude en venant la troubler.

    Quoi qu’il en soit, et dans un soucis de garder un semblant de logique (chronologique) au sein de ce live-report, je vous prie de noter que toutes ces précieuses et ô combien importantes remarques ont germé dans ce qui me reste d’esprit en moins de vingt cinq minutes, soit le temps pour Baroness de s‘installer sur la Main Stage après la prestation de UFOmammut. Les hostilités continuent donc, ou commencent réellement pour certains… question de ponctualité, avec l‘arrivée très attendue du groupe originaire de Brossard. La foule est nombreuse, et le groupe prêt à en découdre: que demande de plus les festivaliers?! The Grass Company? Soit.

    Enfin, une fois de plus, quoi qu’il en soit, Baroness faisait partie de mes petites, et certes nombreuses, priorités de ces trois jours. Pour les avoir loupé déjà deux fois (?!), il me tardait vraiment de voir le groupe à l’œuvre. Les prestations live de ces ex-soviétiques (from. Géorgie) ont acquis une certaine renommée… et Tilburg ne fera pas office d’exception. De suite, on voit qu’ils ont de la bouteille, et pas que de whisky d‘ailleurs. La scène est gérée en mode manager capitalistique: si Mr Welch semble un peu en retrait, le colossal et impressionnant John Baizley meublera comme une bonne demie douzaine de zicos la scène. Que vous avez une grande bouche Mr Baizley! Que votre regard de possédé est effrayant! Du charisme en barre… vraiment. Sa guitare se prendra pendant une bonne partie du set de bons coups de boule. Je passerai sous silence le niveau technique des messieurs, histoire de ne pas saper le moral des apprentis musiciens… en herbe. Niveau playlist, et sauf erreur de ma part, on aura le plaisir d’entendre deux morceaux tirés des très bons EP (le fantastique « Red sky » de sûr et « Tower falls » peut-être?) et… un nouveau morceau! Enfin, il me semble… à moins qu’il soit tiré de leur Split avec Unpersons, qui m’est totalement inconnu? Peut-être. Je préfère néanmoins penser que cette song est tirée du très attendu Blue Record: bien plus prestigieux au yeux des copains. Le reste, à savoir des titres comme « The Birthing », « Wanderlust », « Izak » ou encore, et en final chaotique où la batterie de Mr Blickle s’est vu démontée en pièce détachée, le titanesque « Glad », la playlist nous a tous entraîné dans le rouge (facile… facile.). Si les points de comparaison me manquent (2x, oui…), cette prestation de Baroness m’a vraiment bluffé. On le dit souvent, et pour cette fois-ci je me plie avec un plaisir non dissimulé au consensus général, des groupes comme Baroness sont l’avenir de la scène, ni plus ni moins. Et putain, quel putain de frontman ce putain de Mr Baizley! Pour les absents, ô combien nombreux (vous entendez au loin ce rire machiavélique?!), le Blue Record sortira en version deluxe Dolby Surrround 666.1 3D 16/9ème Dual Core HD Ready turbo TDI ABS siège en cuire brillant, sur Relapse donc, avec en bonus KDO le live at Roadburn. C’est y pas beau ça?!



 
« Jusqu’ici, tout va bien… »

    Le concert à peine terminé, les cervicales encore chaudes bouillantes, il est temps de se lancer dans le tourisme local. Direction donc la Grass Company, partenaire ma foi… « original » du festival. Conscient de ne pas être les premiers à découvrir et profiter de cette forme atypique de shopping, je ne m’attarderai pas longuement sur nos ébats juvéniles. Pour les curieux, je leur conseille juste d’aller checker le catalogue présent sur leur site internet… assez fou. En tous les cas, improbable/incroyable/inconcevable/impensable pharmacie pour le jeune français que je suis, élevé depuis son plus jeune âge à gros coup d’interdiction/restriction/prohibition/pénalisation. Un moment fort de ce périple, larme à l’œil, fier d’avoir pu enfin vérifier l’existence de ces curieuses boutiques. Seul regret, ces affreux n’ont pas mis en place un système de carte de fidélité… bien dommage.

    Le retour au fest fut évidemment un peu plus… « compliqué » que l’aller. Pas habitué à une telle force, la montée se révèle être terriblement puissante et rapide. On reconsidère alors tous nos acquis, conscient que ce n’est là que le commencement… et que ce périple de l’esprit durera trois jours, aidé à grands coups de disto et de musiques psychédéliques plus embrumées les unes que les autres. Évidemment, aucune catastrophe à ne déplorer durant ce périple, juste un bombardement sans cesse ni trêve de petites mistoufles comiques, pittoresques et jusqu’alors, l’avoue-je, d’une intensité bien moindre. L’entrée dans le multiplexe 013 me permet de saisir l’exacte mesure de la réalité, certes brumeuse, à laquelle j’assiste: c’est donc ça le Roadburn, un voyage en terre hollandaise, mais aussi, et surtout, l’occasion, l’une des dernières!, de voyager temporellement: un retour à la fin des années 60’s, dans une tout autre époque. Ce bond (007) de plus de 30ans en arrière, je l’ai attendu depuis ce mail de confirmation qui nous annonçait, impassiblement, que nous avions nos places pour cette édition 2009, et m’y voilà à présent, bien décidé à profiter de chaque instant, conscient que la chute sera incroyablement difficile, le retour à la réalité incroyablement douloureux.

    Direction, une nouvelle fois, la Mainstage, mais au dernier étage cette fois-ci, le troisième, celui qui surplombe toute la salle. Ma présence au show de Orange Goblin n’a été planifié que depuis quelques minutes. Le nom atypique de la bête m’a intrigué. Je n’attendais rien de ce concert. Je ne connaissais rien du groupe. Et j’étais, vraiment…, dépassé par les événements. Mais Orange Goblin s’est finalement révélé étonnamment redoutable. Étonnamment, car a priori, et avec mes a priori, ces loulous évoluent dans un registre bien trop festif et jovial pour moi. Et pourtant, la sauce prend tout de suite! Leur stoner rock psychédélique transpire le rock and roll comme une vieille en plein soleil au mois de juillet. Ben Ward est un monsieur: il harangue la foule avec maîtrise et poigne. Si ces prestations de air-guitar tout au long du show pourront prêter à sourire (encore un putain de geek accro à Guitar Hero?), le bonhomme maîtrise son job d’un bout à l’autre du set. Énergique, chaque riff, chaque plan, chaque partie de chant est pensé pour le live. Communion parfaite avec le public, on se dit à ce moment-là qu’il faudrait immortaliser ce show… chose faîte, j’appris plus tard qu’un live at Roadburn (LP/DVD) devrait débarquer l’année prochaine dans toutes vos supérettes préférées. Direct, sans concession, rien de superfétatoire: les décibels ont coulé à flot pendant près d’une demi-heure, avant que Minsk et son appel ne retentisse dans ce qu’il me reste d’esprit. À revoir en Juin, également, au Hellfest. On reparlera, ici même et d‘ici quelques temps, de leurs nombreux skeuds, notamment de ce Split avec cet épais brouillard qu‘est Electric Wizard: renier l’affreuse bête qui sommeille en nous est, ma foi, bien inutile.


    Autant le dire de suite, et malgré le fait de quitter le show d’Orange Goblin avant la fin, Minsk a du se passer de moi… toujours emmerdant. J’y (un savoyard?!) ai mis pourtant toute ma bonne volonté mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas/vaut pas la peine. Remplie à ras bord, débordant de festivaliers par tous les orifices, cette salle explose, littéralement, n’importe quelle mégalopole asiatique surpeuplée par sa densité au m². Quelle quantité d’individus! Quelle quantité de grands gaillards putain! Je viens de saisir l’exacte signification du mot « sold-out », et la brume, bien qu‘encore présente, me laisse néanmoins pressentir, puis ressentir mon premier regret roadburnien: Minsk, je l‘ai bel et bien (eu) dans le cul… pénible. Après être resté deux ou trois morceaux, manifestement tirés du dernier album en date « With Echoes In The Movement Of Stone », puisque « inreconnaissable » par mes sens pourtant en émoi, la prise de décision cesse de se faire attendre. Après avoir bloqué pendant de longues, très longues minutes, sur le jeu de cymbales du batteur (seul élément perçu de leur show), je me résous à quitter cette foule, jaloux comme un tigre (qui n‘a pas pu rentrer dans la cage donc), et décide de prendre la direction de la Bat Cave… en avance cette fois-ci.


« Time Is Money, Bastard »

    La plus petite salle du multiplexe est encore relativement vide lorsque j’arrive. Black Sun fait parti de ces groupes (encore) underground qui pourrait bien faire parler d‘eux de manière bien plus importante d‘ici quelques mois/années. Le combo est encore très obscure en ce qui me concerne, je ne sais pas trop à quoi m’attendre, c’est d’ailleurs Mère curiosité qui m’a pris par la main et qui m’a poussé à voir ce que valait la bête en live. Mère aurait pu me prévenir de la dureté de l’épreuve à venir… voici bien des sonorités on-ne-peut-plus choquantes devant entraîner, ipso facto, une interdiction draconienne aux mineures? Oh que oui, je suis favorable! C’est un coup à nous faire une génération entière de psychopathes décervelés cette saloperie. Au jeu des trois adjectifs, je choisis avec conviction et sans hésitation: MALSAIN, BRUT et SAUVAGE. Je reproche souvent aux groupes de « metal extrême » de tout miser sur la technicité et/ou la rapidité (au hasard… Aborted) au détriment d’ambiance malsaine ou dark, perdant ainsi, à mes yeux et oreilles, le sens même du mot « extrême ». Voici un reproche dont se passera aisément le trio from. Scotland! Putain, quelle bande d’enragés quand même! Brute de décoffrage, on aura le droit à une mixture hautement corrosive: un mélange d’Arkhon Infaustus/Today is The Day version sludgy-noise ultra dissonante et démoniaque. Parfois même trop alambiquée, dans le sens où, je l’avoue, il m’est arrivé d’être un peu perdu dans ces plans homériques, ces enchaînements claustrophobiques et ces riffs emplis d‘une telle haine, incommensurable… me demandant qu‘elle pouvait bien en être la cause. Une chouette découverte en somme, dont je ne verrais malheureusement pas la fin puisque dans l‘obligation de migrer jusqu‘à la GreenRoom: Zu(t).





Zu, sans un Patton

    Après la claque monumentale et innommable que je me suis prise quelques jours auparavant, en compagnie de Zeni Geva et de Knut (putain, ces nouveaux morceaux sont diaboliques!), il était juste impossible et impensable que je loupe la prestation de mes (nouveaux) italiens préférés! Le trio a été programmé au dernier moment, afin de remplacer les homériques ASVA, qui ont annulé toute leur tournée européenne… faute de dollars à convertir en euros. Je ne sais pas si nous, les festivaliers, avons perdu ou gagné au change (pas des billets, hein!). Par contre, et ça j’en suis sûr et certain, ZU est un groupe unique. C’est une amie qui m’a fait découvrir ce trio il y a quelque temps maintenant… et c’est le plus beau cadeau qu’elle pouvait me faire. Une claque indescriptible qui a pris tout son sens en live, telle une révélation divine. J’étais allergique jusqu’à présent aux instruments à cuivre. Je suis maintenant dépendant à leur free-jazz bourré de réminiscences noise. J’avoue avoir une grosse préférence pour leur dernier album en date, « Carboniferous », bien plus dark mais aussi accessible que le reste de leur discographie. Alors quand ces enfoirés débutent les hostilités par un « Chthonian », soit mon morceau préféré, il est clair et certain que l’heure qui va suivre va être mémorable. Les mecs semblent encore plus expressifs que lors de leur show à Genève, notamment Luca Mai. Son saxo baryton est d’ailleurs bien plus présent dans le mix, peut-être un peu trop en retrait quelques jours auparavant. Massimo Pupillo, Mr Massimo Pupillo s‘il vous plait, est mon nouvel idole: ce mec est un artiste. Je ne connais pas une seule personne qui joue de la basse comme lui, il a sa manière de jouer, à lui et rien qu’à lui. Le public ne met pas longtemps à rentrer en ébullition: placé au centre de la salle, au cœur de la fosse, je vous assure que tout ceci devient rapidement de la folie. Les trois quarts des festivaliers sont en transe! Des mecs deviennent d’un coup invertébrés, totalement désarticulés tel des pantins maléfiques, et commencent à faire des choses vraiment louches (ou chelou pour le jeune lecteur égaré) avec leur corps. Intense exaltation qui permet d'être transporté hors du monde réel, ZU devrait être remboursé par cette putain de sécurité sociale. Cet état de transe, qu’un chaman d’Asie septentrionale ne connaîtra peut-être jamais de sa vie, laisse de profondes traces dans le corps et l’esprit. Outre un mythique « Obsidian », un colossal « Mimosa Hostilis » et les toutous enragés de « Orc », le reste de la setlist de ce soir m’a totalement échappé. Mais qu’importe, la secte ZU a fait de nouveaux adeptes à Tilburg ce soir-là, n’agrandissant qu’un peu plus ce groupement fermé d'adeptes, soumis de manière absolue à leurs chefs charismatiques, via un prosélytisme musical intensif auquel il est impossible d’échapper. Un moment fort du festival, et de ma vie.


« Ventre affamé n’a point d’oreilles »

    Il est évident qu’après une telle dépense de calories, il était temps de recharger les batteries. Qui plus est, je recommence à pouvoir m’exprimer correctement sans bafouiller et sans baver… rien de très rassurant en somme. Restauration donc, en calories et tetrahydrocannabinol maléfique, en prévision d’une fin de soirée mouvementée. D’ailleurs, cette fin de soirée mouvementée à laquelle je fais allusion ici-même devait, entre autre, repasser par la case Green Room pour un Wolves in the Throne Room/VJ Stalker démoniaque à n‘en pas douter… enfin, je suppose. Les (pseudos?!) primitivistes black metaleux hippies nord-américain d’obédience… hulotiste sont attendus par une quantité assez impressionnante de festivaliers, malgré leur passage ici même l‘année précédente. Le couvert et le logis Tilburgiens sont-ils donc si bons que ça? Le cachet aussi? Soit. Quoi qu‘il en soit, les quelques minutes de retard me seront fatals, et comme c’est ma première fois avec eux, je voulais que les conditions soient parfaites. J’ai donc préféré refuser cette attirante et alléchante proposition, et me réserver pour une prochaine fois: les occasions de les revoir, cette année, ne manqueront pas après tout, et ce, aussi bien en condition festival qu’en mode « concert intimiste ».





« Don’t be Afraid »
 

    Le meilleur concert de ce festival? Et bien… pourquoi pas vieux! Curieuse déclaration, dîtes-vous? À ma place, et précisément à ma place… , vous en eussiez fait tout autant. Il faudrait le stylo BiC d’un Musset, doublé du stylo quatre couleurs d’un Baudelaire, pour donner, ou tout du moins tenter de donner une faible idée de l’émotion qui nous étreignit, mon vieux « Bip ! » et moi-même, en nous retrouvant devant un concert d’une telle Intensité, avec un granti. Les organisateurs du Roadburn ne saucisson d’ailleurs pas tromper (je sais, certains paris excellent tout particulièrement dans ce domaine très en vogue qu’est… la connerie), puisque le trio from. USA bénéficiera d’un créneau d’une heure trente, au lieu de l’heure fatidique initialement prévu pour les autres bands (si ce n’est le show fleuve de 2h30 pour Motorpsycho sur la Mainstage). Un avis de tempête avait sûrement du les alerter: White Hills n’est pas « comme ces/tes putains de séminaires à la con », il faut du temps pour toucher le fond et putain, ils l‘ont eu le temps, nom de Dieu, amplement même. Toucher, puis racler, inexorablement, la chute vertigineuse dans les méandres et les tourmentes du psychédélisme 60’s/70’s laissera une trace indélébile dans nos consciences de post-moderne altérées et aliénées. On vous le rabâche fréquemment, moi y compris, le verbe « voyager » est devenu le parfait petit accessoire du jeune rédacteur… en herbe. Mais, précisons et distinguons: il y a voyage… et voyage. Il y a la petite ballade entre ami sur de jolis petits chemins pédestres et champêtres… et le dangereux périple sur un extrême parcours de méditation, incroyablement escarpé et dénué de la quasi-totalité des repères géographiques et temporels que le concerné possède habituellement: White Hills appartient et tient à appartenir à cette seconde catégorie. La maquillage, la tenue vestimentaire rétro, les soli démoniaques de Dave (complètement possédé pendant près d‘une heure trente), les riffs de basse entêtant et hypnotisant de cette sublime bassiste ne laisse aucun choix possible à l’auditeur présent ce soir-là. Le « Heads on Fire » sera à l’honneur en ce Roadburn 2009, d’ailleurs rien d’étonnant que les deux grands moments de ce show soient tirés de ce skeud. « Oceans of sound » deviendra pendant près de trois jours un hymne fallingdownien: malgré les attaques constantes de groupes exceptionnels, show après show, ce sera cette song qui hantera nos esprits égarés, pendant tout le festival. Si les ondes de ce titre sont relativement positives, nous serons entraînés, inversement, dans la plus pure des tristesses, quelques minutes seulement après cette ode, avec le mastodonte qu’est « Don’t be Afraid ». Alors oui, nous aurons le droit à une cut version (toujours délicat de glisser une chanson de 27 minutes dans sa set-list), mais cut version ou non, cette chanson est démoniaque, tout comme le regard de Dave, empli d’un tel sentiment de désarroi et d‘égarement, avec ces/ses terribles litanies mélancoliques déclamées pour ces fidèles… éprouvant, vraiment. Ce voyage offert par la compagnie White Hills durera le temps d’un instant… ou d’une éternité. Ce sera une rude tâche, cher lecteur, que de dissiper ces brumes, le concert terminé. La main sur la conscience, je vous l’avoue et me l’admet: cette expérience fut incroyable et unique. Leur show donné quelques semaines après à Genève n’atteindra malheureusement pas de telles hauteurs. Toutes les conditions étaient, au Roadburn, réunies, et le résultat ne s’est pas laissé attendre, mais seulement entendre: bien des groupes sembleront être de vagues vapeurs méphitiques comparé à ce moment difficilement retranscriptible. Si le renouveau psychédélique auquel nous assistons depuis quelques temps maintenant existe bel et bien, vous pouvez être sur et certain que White Hills en est l’une des principales locomotives… à vapeur: vous êtes prévenus.

    Après ce véritable parcours du combattant, après une telle succession d’épreuve, nous quittâmes provisoirement le site du festival et allâmes vers nos couches goûter un repos, aussi bien physique que psychique, bien mérité et que nous n’avions point dérobé: il s’agit à présent de tenir sur la durée. Même si conscient que cette journée n’était pas des moindres, et que le lendemain serait un peu moins éprouvant, d’un point de vue « live » s’entend, il était primordial de s’endormir dans les plus brefs délais. Par chance, une fois de plus, les hollandais possèdent des médicaments/somnifères qui vous font dormir comme… de véritables bébés, en un rien de temps qui plus est: quelle formidable pays décidément.

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SHORA

Interview (2009)



.caedes: Pour commencer, et comme nous étions entrain d’en parler, on voulait revenir un peu sur votre passage au Roadburn en avril dernier. Comment vous êtes-vous retrouvés sur cette affiche, étant donné que ce festival jouit d‘une notoriété de plus en plus impressionnante depuis quelques années maintenant?

Nicola: C’est très simple… nous avons demandé à Conspiracy s’il était possible de participer à cette édition du Roadburn. Ils se sont renseignés, et il s’est avéré que le programmateur était intéressé par nous avoir donc… nous voilà. En fait, on voulait faire quelques dates pendant cette période-là et le Roadburn tombait en plein milieu…

./: Vous n’avez pas fait beaucoup d’autres dates...

Il y en a eu une avant, à Francfort, une à Gent et une à Paris. C’était pas vraiment une tournée, plus un long week-end on va dire.

.caedes: Okay. Et que représente pour vous ce festival sinon?

Le Roadburn, c’est un peu le rendez-vous des légendes! C’était super impressionnant pour nous et un honneur de pouvoir y participer! On a eu l’impression d’arriver un peu comme des enfants de cœur… A peine arrivés qu’on se retrouve face à un Scott Kelly et d’un Steve Von Till avec toute leur tribu de barbue autour d’eux… Sinon super ambiance vraiment. Et niveau organisation je crois qu’on a rarement connu ça, étant plutôt habitués aux conditions du circuit « punk/hardcore », là c’est un tout autre standard. Super agréable…

.caedes: Comment expliques-tu le succès de cet événement? L’organisation a priori? L’ambiance du festival? Le pays? Etc.

Ouais, je crois que c’est un peu tout ça réuni. J’ai vraiment eu l’impression que c’était la réunion annuelle d’une grande famille. On s’est presque un peu senti en marge au début, n’ayant pas vraiment l’impression d’appartenir à cette scène-là, même si depuis quelques temps maintenant on voit qu’il y a une volonté d’ouvrir le festival à des groupes… disons moins « tatoués » (rires).

.caedes: Et votre concert, vous en avez pensé quoi?

Excellent de notre côté, on a vraiment passé un super moment…

.caedes: C’était vraiment blindé, je pense que tout le monde n’a pas pu assisté à votre show. Vous auriez pu jouer sur une plus grande scène sans aucun soucis…

Oui, peut-être… C’est vrai que c’était déjà blindé bien un quart d’heure avant que le concert ne commence, la Batcave étant une si petite salle. Mais on aime assez ce genre de configuration, être proches les uns des autres et pas trop distanciés du public. On a pris beaucoup de plaisir sur cette date, on a reçu une très bonne réponse des gens et on s’est vraiment servi de cette énergie pour faire de notre mieux. C’était vraiment le meilleur concert pour nous de ces quelques jours sur la route.   

.caedes: On va continuer avec une citation, de vous, faîte dans une interview pour un magazine… le Versus Mag. n°5, je ne sais pas si tu te rappelles, je suis retombé dessus en fouillant dans mes vieux magazines. Vous aviez déclaré que vous rejetiez complètement cette étiquette de post-rock, que votre intention était tout autre. C’est toujours d’actualité le rejet de cette étiquette?

Le mot rejet est peut-être un peu fort… Cette étiquette, comme d’autres d’ailleurs, est juste bien trop réductrice… Après, je suis d’accord qu’il faille mettre un nom sur telle ou telle genre de musique, ne serait-ce que pour aiguiller un peu ceux qui ne connaîtraient pas un groupe, etc. Mais le côté fourre-tout de ce terme fait que tu peux passer à côté de groupes qui seraient susceptibles de te plaire si à priori tu n’es pas très fan du genre.

./: Tu as le sentiment qu’il y a un effet de « mode » autour d’étiquette comme post rock ou post-hardcore? La plupart des groupes rejettent vraiment cette étiquette…

Ouais, à fond! « Post » tout court même. Avant de jouer à Athènes, au début de l’année, j’ai répondu à une série d’interviews et ce terme revenait sans cesse dans les questions. J’ai l’impression qu’on se sert de cette étiquette « post » à tord et à travers, parce que ça sonne bien. On est vraiment pas convaincu que ce soit comme ça qu’on puisse définir au mieux notre musique ni celle des autres…

.caedes: Nous non plus! (rires) Comment définirai-tu une musique « psychédélique »? Et si ça correspond, est-ce que ça peut s’appliquer pour la musique de Shora?

Ce terme est déjà beaucoup plus pertinent nous regardant, dans le sens où cette musique fait appel à l’esprit, au fait de le laisser errer librement…

.caedes: Si tu te réfères aux premières définitions du terme psychédélique, il y avait clairement cette idée de voyager, que ce soit par le biais des images, de la musique, etc. Alors après, on a collé cette étiquette à des groupes comme Pink Floyd ou Jefferson Airplane… mais outre ce lien, la musique de Shora, avec ce côté « évasion », ou l’on retrouve presque un côté transe, correspond à mon avis assez  bien à cette étiquette.

C’est sûr… je trouve cette étiquette assez appropriée. L’aspect instrumental de notre musique laisse champ libre à toute interprétation personnelle, chacun peut la vivre à sa manière. Et comme tu le dis, la transe est un facteur important dans notre musique, on aime ressentir une sorte d’introspection hypnotique en la jouant.

.caedes: Revenons à présent à Malval. Avec le recul, êtes-vous satisfaits de cet album? Ou il y a des choses que vous souhaiteriez retoucher?

Oui, vraiment satisfait! Peut-être un morceau que j’aurais préféré terminer autrement, un motif que j’aurais laissé tourné plus longtemps, mais ce sont des détails.

./: Et la présence de chant féminin?

Ah, ça c’était la grande question! (rires) C’était un peu la grande discussion au moment de finaliser… Elle aurait pu ne pas figurer. Moi, j’étais okay pour garder cette voix à la fin de l’album. J’aimais bien le fait que ça surprenne, que ça arrive dans les deux dernières minutes du disque. Tout le long de l’album, tu as quelque chose de très éthéré, presque immatériel, et puis tu as cette voix qui arrive, qui rappelle qu’au final ça reste un groupe, avec des gens, etc. En tout cas, ça aura un peu divisé. Vous, ça vous a dérangé?

.caedes: Pas du tout! Cette voix céleste, qui te tombe sur le coin de la gueule, après cette longue introspection, a toute sa place à mon avis… Tu réécoutes cet album de temps en temps?

Franchement, nan. Toujours un peu bizarre d’écouter sa propre musique… je sais pas, ça ne me vient pas souvent à l‘idée. Peut-être que dans quelques temps, je le ressortirai pour voir ce qu’on faisait à l’époque, me rappeler dans quelle énergie on était... Il m’arrive par contre de réécouter avec plaisir nos premiers enregistrements, comme « Shaping the Random », qui me fait sourire à chaque fois: c‘est quoi ce son?! (rires) Et en même temps, c’est… bien! Comme pour Malval, je ne reviendrai jamais sur ces albums, ils sont justes représentatifs de ce que nous étions à un moment donné…

.caedes: Qu’est-ce que tu retiens des retours que vous avez pu avoir de Malval? Je pense notamment à cette « surprise » générale, aussi bien du public que de la presse… par rapport à votre période pré-Malval, ou votre musique était tout autre.

Constat plutôt positif de manière générale. Je crois que dans la dernière chronique que j’ai lu de Malval, sur un forum je crois, quelqu’un disait que ça avait été courageux d’avoir gardé ce nom de Shora, malgré la différence entre Malval et ce qu’on avait pu faire avant. Et c’était clairement notre objectif à l’époque. Je veux dire, ça reste les même gens, pourquoi alors changer de nom? Il y avait ce que nous étions avant… et ce que nous sommes maintenant, on a évolué ensemble. Il faut assumer totalement ce que tu fais je pense, même si ça peut déstabiliser. On a évidemment senti à l’époque qu’on faisait un revirement à 180 degrés mais…

.caedes: Tu penses que le fait que votre chanteur quitte le groupe a été l’élément déclencheur?

Nan, je ne pense pas. L’évolution avait déjà commencé quand il était encore là… on avait fait un concert peu de temps avant qu’il parte, avec des morceaux déjà beaucoup plus rock que hardcore, avec notamment du chant clair. Nan, on ne peut vraiment pas dire que ça vienne de ça, il nous suivait totalement dans cette nouvelle direction…

.caedes: Bon… on va continuer avec une nouvelle citation alors…

Vous avez déclaré dans VSD que… (rires)

.caedes: Alors non, ce ne sera pas VSD mais VS… (rires) Toujours dans le même numéro! « Créer une musique originale et envoûtante, en dehors des clichés, voilà un de nos objectifs. » Quels sont donc, ou quels étaient, vos autres objectifs au sein de Shora?

Je dirais… continuer de faire évoluer notre musique et la garder toujours plus challenging, pour nous-mêmes déjà. On ne se dit pas à chaque composition qu’il faut sortir des sentiers battus. C’est clair qu’on essaye de faire quelque chose qui n’a pas forcément encore été entendu, quelque chose de stimulant et qu’on a envie d’écouter. On veut juste faire quelque chose qui nous excite, en accord avec tout ce qu‘on aime…

[L‘interview se passe bien jusqu‘à présent. Malgré l‘alcool, de rigueur pour ce genre de soirée, j‘arrive plus ou moins à poser mes questions, sans trop bafouiller… ni baver. Nicola semble à l‘aise, détendu, prêt à bavarder et à répondre aux 283 questions que je lui ai préparé. Tout se passe nickel donc… enfin, se passait. De vaillants Rorcaux, qu’on ne citera pas mais avec l‘alliance au doigt, viennent de nous tomber dessus et de s‘immiscer dans la conversation. Par expérience, je sais que ce genre de truc peut te pourrir n‘importe quelle interview, aussi bien partie soit elle. S‘en suivra donc, avec la boule au ventre, une longue conversation, sans aucun lien avec l‘interview, avant que je puisse reprendre les hostilités pourtant si bien commencées…]

.caedes: Concernant la suite de l’aventure Shora, vous en êtes où dans le processus de composition?

Le processus est actuellement assez… tortueux. On a pas mal de matériel qu’on n’arrive pas encore à finaliser comme on le voudrait. Si tu veux, on est assez… nihiliste dans ce groupe! (rires) On fait des choses, et puis on revient dessus, on jette, puis on recommence, etc. On est vraiment très exigeant avec ce qu’on fait et…

./: C’est dommage… si vous garderiez un peu plus ce que vous faîtes, pour la compil, ça aurait presque pu jouer! (rires)

Oui, c’est vrai! (rires)

.caedes: Ça on coupera par contre… (rires)

Nan, nan, tu peux y laisser! (rires) Mais, effectivement, on est assez pénible envers nous-mêmes…

.caedes: Ce n’est pas pour remuer le couteau dans la plaie mais, sauf erreur de ma part, ça va faire 5 ans que Malval a été enregistré. Pour un groupe suisse, on est toujours dans les temps?

5 ans, ça va…(rires) Nan mais c’est vrai, on est extrêmement lent! Mais le facteur temps n’est pas quelque chose qui nous stresse, on se fixe pas de deadline. D’ailleurs, à ce niveau là, y’a un groupe qui m’a rassuré, c’est Portishead… Ils ont été absents pendant 10 ans, on a presque eu tendance à les oublier et puis finalement, ils débarquent avec un disque juste incroyable: j‘ai rien entendu de mieux que ce disque l‘année passée! C’est vraiment devenu une grosse influence pour nous maintenant. Et ça nous a rassuré… (rires)

./: Si parfois, ces « retours » se révèlent être réussis, d’autres, au contraire, sont vraiment décevants…

Ouais, carrément! On en est totalement conscient. On sait que du coup, on crée une attente, on sait que les gens nous attendent au tournant.

.caedes: La prochaine sortie sera sur le même label?

Ouais, carrément! Enfin, s’ils veulent toujours de nous… On a vraiment de très bonnes relations avec Conspiracy… Tout ce qu’on a souhaité, on l’a eu : excellente promo et distribution, et ultra efficaces niveau organisation de tournées, l’un d’eux en étant responsable, et ils ont un réseau incroyable. En plus, ils nous mettent aucune pression! Ça fait 2/3 ans qu’ils attendent un nouveau disque, ils nous demandent régulièrement où ça en est et… c’est tout, ils n’insistent pas plus.   

.caedes: Okay! Et, sinon, à titre de curiosité, vous répétez souvent?

On essaye, oui! (rires) Idéalement, deux fois par semaine… Après, on bosse tous à côté, donc forcément des imprévus se greffent. 

.caedes: Sinon, depuis quelques temps maintenant, vous faites très peu de live. Une explication précise à ça?

Notre priorité à l’heure actuelle, c’est vraiment le nouvel album…

.caedes: C’est finalement assez atypique: il y a tellement de groupes qui voudraient partir sur les routes, en Europe ou ailleurs et vous, a priori, vous avez la possibilité de le faire et…

C’est sûr, on en est vraiment conscient. Je regrette qu’on ait pas plus promu Malval à l’époque: la plus grosse tournée ne faisait que deux semaines. Et puis finalement, refaire des tournées maintenant… ça n’a presque plus de sens. Promouvoir un nouveau tee-shirt? Ça fait plus vraiment sens et pour nous et pour les gens. Il faut du neuf pour cela. Mais dès que le nouvel album sera sorti, on fera VRAIMENT une tournée massive! Jouer aux Etats-Unis ou au Japon… des trucs dont on rêve depuis un moment.

.caedes: Une autre question, toujours en rapport aux lives: je voulais savoir si tu pensais que la musique de Shora s’appréciait mieux en live quand le niveau sonore est… « élevé »? On s’était par exemple croisé à Psychic Paramount et là…

Je pense que oui, la présence sonore est un paramètre important lors de nos concerts. J’aime que le son soit conséquent, qu’il te saisisse physiquement. Et j’aime cela en tant qu’auditeur également. Psychic Paramount, très bon exemple, sans cette surenchère sonore, ça serait pas pareil…

.caedes: Votre live du Roadburn est disponible, illégalement, sur Internet. Ton avis?

Ça m’embête un peu c’est sûr dans le sens où la plupart des nouveaux morceaux qu’on a presenté pendant le Roadburn, n’étaient pas encore très aboutis. Finalement, les morceaux que tu peux entendre sur ce live n’auront que très peu de points communs avec les morceaux présents sur l’album.

.caedes: Ça va faire 10 ans que le groupe existe. Quel bilan tires-tu de cette décennie à faire du Hard?

Et bien écoute… plutôt content de tout ce qu’on aura fait jusque-là. Actuellement, on est encore 3 membres à être là depuis le début de l’aventure. Finalement, c’est tout une période de notre vie… de 16 ans pour certains à passé 30 pour d’autres maintenant, on est bien plus que des amis et c’est super agréable de se voir évoluer mutuellement au fil des années. On reste encore malheureusement ou pas dans cette optique « amateur », dans le sens où on fait de la musique à côté de nos vies professionnelles. On s’est posé la question à un moment donné s’il ne fallait pas esayer de faire que de la musique, d’en vivre. Choix qu’on a finalement pas fait… et avec le recul, je ne regrette vraiment pas: on continue pour le plaisir, et rien que le plaisir. On ne veut vraiment pas tomber dans tout ce mécanisme, avec toute la pression et les aspects négatifs que ça peut générer, etc.

.caedes: C’est évidemment du conditionnel, et sans aucune prétention de ta part, mais tu penses qu’à un moment donné de votre carrière vous aviez la possibilité de passer ce cap?

On aurait pu le faire je pense oui… Quelques temps après la sortie de Malval, ayant eu une bonne réponse du public et des medias, on aurait pu tenter de voir les choses plus en grand. On s’est rendu compte que, quand tu tournes rien que 2 semaines… y’a déjà pas mal d’argent qui rentre au final. Mais l’idée de partir 9 mois par an, de ne faire plus que ça, etc., ne nous a pas plus tenté que ça. Enfin, je parle plus à titre personnel sur ce coup.   

./: Vous avez l’intention de faire quelque chose de « spécial » pour vos 10 ans?

L’idéal aurait été de pouvoir sortir un nouvel album. Sauf qu’on a pris beaucoup trop de retard, et que la fin de l’année se rapproche finalement bien trop vite. Donc malheureusement, nan, il n’y aura rien de particulier de prévu…

./: Concernant votre période pré-Malval, quels regards portez-vous sur ce que vous avez fait?

J’en suis extrêmement fier, encore maintenant…

.caedes: Le meilleur souvenir de cette période?

Je dirais… les lives avec Merzbow.

[L‘interview se passe bien jusqu‘à présent. Malgré l‘alcool, de rigueur pour ce genre de soirée, j‘arrive toujours plus ou moins à poser mes questions, sans trop bafouiller… ni baver. Nicola semble toujours à l‘aise, détendu, toujours prêt à bavarder et à répondre aux 89 questions que je lui ai préparé. Tout se passe nickel donc… enfin, se passait. De vaillants Rorcaux, qu’on ne citera pas mais avec l‘alliance au doigt, viennent de nous retomber dessus et de se ré-immiscer dans la conversation. Par expérience, je sais que ce genre de truc peut te repourrir n‘importe quelle interview, aussi bien partie soit elle. S‘en suivra donc, à nouveau, avec la boule au ventre, une longue conversation, sans aucun lien avec l‘interview, avant que je puisse (re)reprendre les hostilités pourtant si bien commencées…]

./: Merzbow donc. Comment êtes-vous arrivés à collaborer avec ce groupe à l’époque?

On était déjà pas mal intéressé par la noise à l’époque… On admirait l’artiste, et on trouvait intéressant de faire un split qui sorte du schéma « groupe de hardcore avec groupe de hardcore », chose qui ne se faisait pas trop à ce moment-là. Quand Loïc de feu-Overcome nous a fait cette proposition, on ne pouvait qu’accepter ! On a pris énormément de plaisir dans les lives qui ont suivis: on faisait un set, puis Merzbow le sien et pour finir, un set tous ensemble. Ça n’avait aucun sens! On avait jamais ressenti encore un truc comme ça sur scène… En y repensant, cette expérience nous a vraiment secoué. C’est à partir de ce moment-là qu’on a vraiment voulu densifier notre son, laisser les idées se développer un peu plus, travailler les dynamiques etc.

.caedes: Okay, élément déclencheur donc! Et sinon, changement de sujet, ton avis sur cette « fameuse » scène suisse?

Je suis content d’en faire partie et que les gens nous voient de cet œil-là et nous donne ce gage de qualité. Effectivement, il y a beaucoup de gens talentueux dans ce pays. En ce qui nous concerne, on doit beaucoup à un groupe comme Knut: grosse influence à nos débuts, ils nous ont ouvert des portes, sans compter qu’ils ont vraiment fait toute notre culture musicale, à l‘époque! (rires).

./: Autre question, ton avis sur le dernier Shelving? Des mauvaises langues pourraient dire qu’il y a une forte inspiration de votre musique…

Shelving, on adore! On apprécie vraiment ce qu’ils font, et des mecs adorables en plus. On a commencé par faire quelques concerts avec eux, et ils sont depuis devenus des amis. Concernant le parallèle « musical », même si des gens nous le disent, ça ne me gêne pas plus que ça, on a clairement des références communes. Et dans tous les cas, c’est difficile de ne pas s’inspirer d’un groupe que tu apprécies, d’une manière ou d’une autre… mais à partir du moment où tu commences à être cité comme influence, ce serait mentir de dire que ça ne flatte pas un peu l’ego.

./: Pour terminer cette interview, vous avez fait des découvertes musicales récemment?

La liste pourrait être longue… On a beaucoup écouté Portishead, comme je te disais tout à l’heure et un classique en ce moment chez nous, c’est Ulver, qui sont clairement devenus une influence majeure pour nous. C’est incroyable de voir comme ils évoluent et on est totalement fan de ce qu’ils proposent depuis les deux derniers albums ! Après, on se nourrit de tout: aussi bien de ce qui peut se faire dans l’electro, le rock mainstream ou le black metal industriel! Typiquement, avant de partir, je suis passé dans la même heure de MGMT à Gnaw Their Tongues….

.caedes: Tu aimes beaucoup cet artiste?

Je suis ultra fan de ce mec! Bon, je ne parle qu’en mon nom là, je suis le seul à aimer… Mais sa musique est la plus négative et nihiliste du monde!

[S‘en suivra une longue conversation sur la « légitimité » d’écouter aussi bien du MGMT que du Gnaw Their Tongues, ou chacun défendra, comme il peut, corps et âmes, ses arguments afin de comprendre/convaincre l‘autre. L‘heure tardive aidant, cette longue discussion se terminera sur cet interminable débat. Un grand merci en tous les cas à Nico pour le temps accordé, et au reste du groupe pour leur patience mise à rude épreuve…]

.caedes

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LOST SPHERE PROJECT

Verse XXIV (2009)


Lost Sphere Project… enfin, nous y voilà. Cet album a mis du temps à venir: peut-être s’imaginaient-ils, ces affreux, que je n’avais d’autre mission en la vie que de les attendre? Peut-être s’imaginaient-ils que l’impatience d’écouter cet album, estampillé Division Records, ne m‘étreignait pas? Peut-être. Mais le fait est que, je l’avoue, grâce à LSP, mon capital social ne s’est jamais aussi bien porté: leur irremplaçable logo « I love blastbeats », arboré fièrement par votre prétentieux rédacteur, m’a ouvert de nombreuses portes… jusque dans les milieux sociaux les plus fermés. Ces fameux rallyes… par exemple, ont été un vivier intarissable: à de nombreuses reprises, elles consentirent toutes à m’accorder leurs suprêmes faveurs à la vue de cette revendication… braves petites. Je suis, évidemment et désormais, éternellement redevable de l’enseignement des maîtres LSP. Le « chaoscore » du groupe est devenu l’unique moyen de briller dans la haute société… prochainement en ruine et désormais consciente de l‘inévitable. Le catastrophisme était inspiré de l’histoire biblique… le catastrophisme a trouvé son nouveau et digne représentant. Inutile de patienter jusqu’en 2012... l’effondrement du monde a déjà eu lieu, et la bande sonore de cet acte orgastique est juste sous vos yeux, ébahis comme le seront tous vos orifices mis en émoi après l’écoute de cette bande son de l‘apocalypse. Pas étonnant dès lors d’être considéré comme le messie face à une société qui est d’or et déjà passé à l‘acte. Qui plus est, ces mecs sont de véritables… nihilistes. Ils ne croient plus en rien, même pas en la vie. Pour preuve, leur pernicieux chanteur joue même avec: il est allé jusqu’à affirmer à votre prétentieux rédacteur que Kickback faisait du Green Day. Malheureux, comment a-t-il pu oser ce genre de folie?! Difficile de faire comprendre ça à un Suisse, mais je lui ai assuré qu’il y avait déjà eu des guerres dans le passé pour moins que ça. Mais quand on me prend par les sentiments (destructeurs), je suis prêt à excuser les plus grandes des imprudences. Adorateurs et prêcheurs du chaos, ils ont simplement décidé de tout détruire (l‘homérique et démoniaque « March of the Myopic »). Parfois, je l’avoue, j’ai été presque un peu dépassé par un tel déferlement de notes à la seconde. C’est comme si ça ressemblait à un porno qu’on regarderait sur un écran de téléphone: on perçoit l’intention mais pour saisir tous les détails, on peut repasser. Je pense d’ailleurs que le jeu de cymbales du batteur (qui est contraint de s’enfiler 6 red-bulls avant chaque répète), en étant un peu trop mis en avant, étouffe parfois la puissance de feu de LSP. Mais outre ce détail, et outre mon inaptitude à parfois tout saisir, LSP a martelé très fort sur ce coup. Le fait, qui plus est, de parfois développer une autre facette de leur musique (comme sur l’hypnotique « Luvicide ») ne fait que bonifier ce brûlot. Croyez-moi: la reconnaissance dans le chaos passera forcément par la revendication de ce Verse XXIV. Jouez pas aux cons, récitez votre oraison… la fin a déjà eu lieu.

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